Upmarket ou Downmarket : comment choisir votre stratégie GTM
Quelle stratégie de commercialisation choisir pour votre SaaS ?
Dans le SaaS, choisir sa stratégie de commercialisation est structurant : viser quelques gros contrats ou multiplier les petits clients oriente l’organisation, les investissements et la trajectoire de croissance. Ce n’est pas une simple question de prix, mais deux modèles économiques et opérationnels distincts.
Deux voies distinctes

On parle de stratégie upmarket quand une entreprise cherche à augmenter la taille moyenne de ses contrats, en allant chercher des clients plus gros (souvent des grands comptes) et des deals pouvant dépasser les 100 k€/an.À l’inverse, une stratégie downmarket consiste à réduire la taille moyenne des contrats mais à augmenter fortement le volume de clients, en ciblant plutôt des TPE/PME avec des tickets plus modestes.Derrière ce choix se cachent des processus de vente, des exigences produit et des structures d’équipe radicalement différents.
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Pourquoi viser l’upmarket
La rentabilité par client y est supérieure : gagner 1 client à 1 M€ coûte généralement moins que 1 000 clients à 1 000€. Comme chaque contrat représente un montant et une durée importants, les équipes peuvent se concentrer sur un nombre limité d’opportunités tout en maintenant un bon ratio CAC/LTV : le CAC par client est élevé, mais il est amorti par une LTV encore plus élevée (contrats pluriannuels, upsell, renouvellements). Des acteurs français comme Contentsquare ou Mirakl illustrent cette logique de montée en gamme : ils ont progressivement signé des contrats plus gros, souvent pluriannuels, avec des clients enterprise (Carrefour, Macy’s, Leroy Merlin, Toyota Material Handling, etc.). Même si leur portefeuille ne se limite pas aux très grands comptes, une partie significative de leur croissance vient de cette capacité à aller chercher des deals plus importants.
Autre atout majeur : la rétention. Un churn plus élevé est généralement acceptable sur les SMB, tandis que sur les Grands Comptes on attend un churn nettement plus faible. Les contrats longs, la moindre sensibilité au prix et des switching costs élevés stabilisent les revenus et réduisent la dépendance à l’acquisition continue.Ces switching costs sont élevés parce que la solution est profondément intégrée aux processus du client : connexions aux systèmes internes, paramétrages spécifiques, formation des équipes et éventuelle migration de données. Changer de fournisseur implique donc un projet long, risqué et coûteux pour le client, ce qui rend la sortie beaucoup moins probable une fois le contrat en place.
Enfin, le potentiel d’expansion est considérable : on “land” sur un périmètre pilote puis on “expand” à l’échelle. Dans beaucoup de SaaS, la NRR (Net Revenue Retention) reflète la capacité à faire croître le revenu généré par les clients existants, en tenant compte à la fois des expansions (upsell/cross-sell) et des éventuelles contractions ou pertes. Elle est proche de 100% sur l’ensemble de la base, mais grimpe souvent à 120–140% sur les plus gros comptes, portée par l’upsell et le cross-sell.
… et les contreparties
Les cycles de vente s’étirent souvent sur 6 à 18 mois, avec de multiples décideurs (métiers, IT, achats, Comex), ce qui pèse sur la trésorerie et allonge le payback du CAC. Le produit doit être mûr, personnalisable, sécurisé et conforme, capable d’absorber de gros volumes et d’offrir des fonctions d’admin pour des profils non-utilisateurs quotidiens.Un risque majeur, sur ce type de comptes, est de tomber dans le full-custom : accepter trop de spécificités client et finir par faire du service sur-mesure plutôt que du produit. On y gagne parfois un gros contrat à court terme, mais on complexifie la roadmap, on fragilise la rentabilité et on ralentit l’évolutivité du produit. Côté organisation, réussir en enterprise impose des équipes senior spécialisées (sales, avant-vente, onboarding). Passer à l’enterprise est un sport d’équipe : toute la société doit être alignée sur l’objectif et les moyens.
Les forces du downmarket
Côté SMB, la croissance en nombre de clients est rapide et visible, ce qui rassure les investisseurs. Les mécaniques low-touch (marketing automatisé, essais en libre-service) facilitent l’acquisition, tandis que l’exposition à de nombreux clients accélère la validation produit et les itérations. Le risque est diversifié : perdre un client pèse peu. Et un modèle self-service (inscription, onboarding, support) peut passer à l’échelle sans croître les équipes au même rythme.
… et ses limites
Le churn est structurellement plus élevé, parfois encore davantage en phase early stage, notamment à cause de contrats plus courts et d’une forte sensibilité au prix. Les CAC s’additionnent : acquérir 1 000 petits clients reste un gros investissement, et les canaux (ads, contenu, webinaires) doivent être alimentés en continu. Les opérations se complexifient (beaucoup de tickets, faible ARPA) : scaler en SMB exige souvent d’être « encore meilleur », car la marge d’erreur est minime. Enfin, augmenter l’ARPA est difficile : budgets limités, besoins stables. Des benchmarks sectoriels (dont les études Pacific Crest) montrent d’ailleurs que le churn annuel en online est plus du double de celui des ventes field/inside.
La vente indirecte, un hybride puissant
La distribution via partenaires (experts-comptables, intégrateurs…), comme Silae dans la paie ou Pennylane en comptabilité, combine efficacité commerciale (peu de signatures pour beaucoup de revenus) et diversification (perdre un partenaire ≠ perdre tous ses clients). En contrepartie : dépendance, moindre contrôle de l’expérience finale et nécessité d’animer un écosystème solide.
Comment trancher ?
Le choix dépend de facteurs structurels :
- Nature du problème : plus c’est complexe et à forte valeur, plus l’upmarket s’impose ; un outil simple/standard s’accommode du volume.
- Ressources : avec un capital limité, financer 12–18 mois de cycles enterprise est ardu ; le downmarket offre un ROI plus rapide.
- Taille de marché : niche → upmarket ; masse → volume.
- Ambition de valo et stabilité : Une base enterprise avec une rétention très élevée, bien supérieure à celle d’un portefeuille SMB plus volatile, change profondément l’économie unitaire.
Des stratégies séquentielles fonctionnent : Dropbox a démarré en B2C (croissance de 3 900% via parrainage) mais des profits introuvables l’ont poussé vers l’enterprise : Dropbox for Business en 2013, Enterprise en 2015 ; à l’IPO 2018, ~10 Md$ de valo. Certes, monter en gamme est réputé pénible (features, support), mais plusieurs catégories ont vu des leaders bottom-up s’imposer grâce à un produit intuitif et un GTM low-touch.
Données qui comptent
Côté enterprise, on s’attend généralement à un churn annuel faible et à une NRR élevée, des niveaux souvent perçus comme excellents. À l’inverse, sur le segment SMB, un churn nettement plus élevé est courant, et une NRR proche de l’équilibre est déjà considérée comme un bon standard pour ce marché.

Exemples : DigitalOcean est passée de 100% → 116% de NRR en deux ans en ciblant des SMB à ~50 $/mois, sans aller enterprise. Shopify tire ~25% de ses revenus de ses plus gros clients (Shopify Plus), ce qui contribue à maintenir une NRR ~100% et de meilleures économies unitaires.
Conclusion
Il n’existe pas de stratégie universelle. L’upmarket promet rentabilité et stabilité, mais requiert un produit mûr, de la patience financière et des équipes expertes. Le downmarket accélère la traction et l’apprentissage, au prix d’un churn élevé et d’une complexité opérationnelle. Au fond, c’est mieux de signer 1000 contrats à 1 000 € ou 1 contrat à 1 000 000 € ? Comment gagner à la fois en énergie et en chiffre d’affaires ? Retenez qu’en-dessous de 100 % de NRR, presque rien du playbook SaaS ne fonctionne : traiter la rétention tôt est vital. Les success stories qui descendent en gamme existent (ex. DocuSign), mais elles sont rares ; la trajectoire naturelle va plutôt du downmarket vers l’upmarket. Alignez votre choix sur votre ADN, votre marché et vos moyens : un excellent produit mal vendu reste un excellent produit qui échouera.
Quelques chiffres






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